Dans la tradition grecque des écrits ethnographiques, divers auteurs romains ont porté leur attention sur l’histoire, la vie et les coutumes de peuples étrangers, auxquels ils étaient confrontés (comme César dans la Guerre des Gaules) ou qui plus simplement intervenaient dans le cours de leur récit historique. Ces développements étaient naturellement destinés au public romain qui ignorait bien des choses sur les nations extérieures au monde « civilisé ». Pourtant, l’écriture ethnographique et la description de l’autre vont bien au-delà du simple objectif d’information. En effet, aux exigences littéraires du genre se combinent des projets plus ambitieux qui sous-tendent et motivent l’attention portée à l’autre, au barbare, à l’exotique. Il peut s’agir parfois d’offrir au lecteur une forme de divertissement sur un thème connu, parfois de lui présenter comme un miroir inversé destiné à corriger les vices des Romains dits civilisés. Ainsi la description du bon sauvage dans la Germanie vise directement les travers de la société romaine décadente aux yeux de Tacite.
En plus des auteurs classiques (César, Tacite, Ammien…), de nombreux historiens de l’Antiquité tardive (Orose, Cassiodore, Jordannès, Grégoire de Tours..) ont consacré un part importante, parfois centrale, de leur œuvre à la description des barbares, qui alors intervenaient de façon directe et même dramatique dans la vie du monde romain. Dans ce cas aussi, il s’agit de proposer un modèle de société, de justifier une présence que l’on ne peut désormais écarter.